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Jeudi 26 février 2009 4 26 /02 /2009 23:56
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Le texte et les photos d'illustrations de cet article sont diffusés sous un contrat Creative Commons.

(Pour les personnes pressées, cet article traite de la balance des blancs et du flash)

Vous savez, je suis une très grande fan de la série "Les feux de l'amour", alors on va faire comme dans cette série : un petit...

...résumé de l'épisode précédent

 

Dans l'aventure précédente, nous nous étions rendus avec Oui-Oui à une super-méga-party organisée par ses amis les jouets au pays de la balance des blancs où nous avions appris comment gérer et régler la balance des blancs de nos photos.

 

Soit au moment de la prise de vue au moyen, au choix :

  • d'un des réglages prédéfinis de l'appareil
  • du réglage de balance des blancs personnalisée appliqué à la photo de référence d'une feuille de papier blanc ou d'une charte gris neutre prise sous l'éclairage comportant la dominante colorée.

 

Soit lors du post-traitement, au choix :

  • de manière empirique en jouant sur le curseur de la balance des blancs,
  • au moyen de la pipette des blancs par un clic sur une zone blanche de l'image, sur la feuille blanche ou sur la charte gris neutre puis par copier/coller de cette balance corrigée à toute une série de photos prises sous le même éclairage.

 

(Si ce résumé ne vous parle pas, il vaudrait mieux commencer par relire l'article Oui-oui au pays de la balance des blancs avant de continuer la lecture de celui-ci).

 

Mais aujourd'hui, le mystère s'épaissit...


L'autre soir, Oui-Oui a rencontré une superbe mannequin suédoise, immense, féline, distinguée, envoûtante, nommée Chatounette et ils devisaient tranquillement à proximité d'une mâââgnifique lampe de chevet d'origine suédoise (elle aussi) qui distillait une lumière chaleureuse et surtout très jaune-orangée sur leur amour naissant.

Un reporter mondain de la célèbre revue people "Tiens donc !" était sur place, voici la preuve de cette rencontre :

Remarquez comme les deux feuilles qui devraient être blanches sont colorées par la dominante de la source de lumière.

Comme ce reporter avait suivi l'aventure précédente, il a pris soin de prendre un cliché de référence de sa charte gris neutre (qu'il a oubliée près de Oui-Oui) afin de pouvoir l'utiliser avec le réglage de balance des blancs personnalisée de son appareil. Ceci lui permet d'éliminer la dominante jaune-orangée dès la prise de vue et d'obtenir un cliché dont les couleurs sont fidèles à la réalité (à défaut d'être aussi chaleureuses).


Cette fois-ci, les deux feuilles sont bien blanches, les couleurs des habits de Oui-Oui sont bien celles qu'on voit en plein jour et le visage de Chatounette rayonne de ce teint si doux et profond qui a fait sa renommée dans tout le pays des jouets.

Mais, tout à coup, sur une avance un peu pataude de Oui-Oui (c'est un garçon, il manque parfois de subtilité quand il drague !), Chatounette prend la mouche, et s'éloigne consternée par ce manque de délicatesse. Aussitôt, notre reporter qui flaire le potin mondain à plein nez décide de prendre une photo de ce moment déchirant :


Zut et flûte, elle n'est plus dans la lumière !!! Vite, il allume son flash qu'il avait judicieusement monté sur son boîtier, au cas où, et il refait la photo en espérant avoir Chatounette correctement éclairée par cette lumière d'appoint :
Glups, que se passe-t-il? Chatounette se prend-elle pour la Schtroumpfette? A-t-elle abusé du cockail au curaçao?

(On laissera de côté pour le moment le côté blafard de l'éclairage frontal du flash et l'affreuse ombre projetée sur l'arrière-plan).

Rien de tout cela : la correction de la balance des blancs qui avait été mise en place sur la base de la lumière incandescente de la lampe de chevet ne convient pas du tout (à moins d'aimer les Schtroumpfettes) à la lumière émise par le tube éclair du flash.

En effet, la lumière incandescente étant fortement jaune-orangée, la correction qui a été calculée par l'appareil consiste à remonter l'intensité des tons bleus dans l'image pour obtenir des couleurs correctes, des blancs vraiment blancs, etc. Mais comme la lumière diffusée par le flash est déjà (presque) blanche, cette correction se traduit par une nouvelle dominante bleutée !

On le voit bien sur l'image précédente, l'arrière-plan gauche avec Oui-Oui qui est majoritairement éclairé par la lumière de la lampe de chevet comporte des couleurs qui sont encore très proches de celles de la seconde photo de cet article avec la correction de balance des blancs personnalisée. Et la partie droite de l'image qui est majoritairement éclairée par le flash (volontairement orienté à 45° vers la droite pour obtenir cette séparation entre les deux sources lumineuses) subit cette dérive de la balance des blancs due à une correction qui ne convient pas du tout.

Que faire?

On peut essayer de changer de réglages de balance des blancs et tenter le coup avec l'une des balances préréglées de l'appareil, comme ça, pour voir... on ne sait jamais...

Lumière du jour?
L'avant-plan est moins bleuté mais l'arrière-plan gauche a repris sa teinte jaune-orangée. Bof...

Incandescent?
Beurk, on retombe logiquement dans le même "syndrôme Schtroumpfette" qu'avec la balance des blancs personnalisée.

Flash?
C'est plus acceptable et c'est d'ailleurs ce qu'on voit généralement sur les photos prises au flash dans une pièce éclairée par une source lumineuse qui n'est pas de type lumière du jour. Malheureusement l'arrière-plan a repris sa teinte jaune-orangée et on voit nettement la différence de couleur entre avant et arrière-plan.

Presque toutes les photos de famille prises au flash en intérieur ont un avant-plan "blanc" et un arrière-plan d'une teinte légèrement différente car, dans les modes automatique ou résultat, l'appareil active la balance des blancs "flash" dès lors que celui-ci est déclenché. Nous sommes tellement habitués à voir ce type d'images que nous ne remarquons même plus cette différence de teinte.

Je vous épargne les autres tests avec les autres réglages de balance des blancs prédéfinis,  aucun d'eux ne permettra d'obtenir "magiquement" des couleurs réalistes sur l'intégralité de l'image. De même avec une balance des blancs personnalisée au moyen d'une charte gris neutre.

Alors quelles solutions peut-on envisager pour régler ce problème?

La solution de la fainéante pressée : passer l'image en Noir & Blanc!


Ne riez pas, ça marche souvent très bien et nombre de photographes utilisent cette astuce pour sauver des images dont les tonalités d'éclairage sont divergentes ou dont les éléments comportent des couleurs parasites (même lorsque le flash n'entre pas en jeu) et qu'ils n'ont pas envie/capacité de retoucher.

Une fois la photo convertie en N&B on n'a plus de problème de divergence de coloration à gérer. La preuve avec cette version N&B réalisée hâtivement à partir de la toute première photo comportant la dominante bleutée sur l'avant-plan (la 4ème de l'article) :

L'avantage évident c'est qu'on n'a pas passé bien longtemps à régler le problème et qu'on peut obtenir une image finale exploitable... mais bien évidemment, l'énorme inconvénient de cette solution est qu'on y a quand même perdu toutes les couleurs ! Un peu destructeur, tout de même, d'autant plus que toutes les photos ne se prêtent pas à une version en N&B.

La solution de la retoucheuse numérique : utiliser les calques et les masques


Là j'entends déjà les afficionados de Photoshop et Gimp qui hurlent qu'en quelques clics de souris ou de tablette graphique, quelques calques, quelques masques, et quelques (dizaines de) minutes le tour est joué on peut résoudre le problème.

Et en effet, on peut parfaitement imaginer créer deux copies différentes de la même image (surtout si on travaille en RAW). L'une avec une balance des blancs fournissant des couleurs correctes pour l'avant-plan (comme celle avec la balance des blancs sur "flash") et l'autre avec une balance des blancs fournissant des couleurs correctes pour l'arrière-plan, puis combiner ces deux images dans un logiciel d'infographie en n'utilisant que la partie intéressante de chacune d'elles pour créer une image finale dont les couleurs sont globalement correctes.

N'étant pas une virtuose de la retouche numérique je ne me lancerai pas dans la démonstration, même sur des images d'illustration aussi grossières que celles de cet article (si vous voulez tenter l'aventure et me proposer un résultat à publier dans cet article, n'hésitez pas à me contacter je vous en serai très reconnaissante).

J'ai déjà eu à tester la faisabilité de l'exercice et la conclusion que j'en ai tirée est la suivante : oui, ça peut marcher... mais tout dépend de la complexité de l'image et de la répartition des dominantes colorées. Il peut devenir extrêmement difficile d'aboutir à un résultat satisfaisant (je pense notamment à tous les objets translucides tels que les tissus, les voilages, mais aussi la végétation, les grillages, etc).

Cette solution résout quand même le problème que posait la précédente : on garde les couleurs et on obtient une image exploitable.

Mais le plus gros défaut à mon goût est que si le problème à résoudre se retrouve sur, disons, une série de 200 portraits pris lors d'un cocktail dans un hangar d'aviation avec un éclairage mixte mêlant le flash et la lumière provenant d'une cinquantaine de tubes fluorescents de type néon (Jean-Luc B., tu te reconnaîtras dans cet exemple, hi hi hi), l'idée même de devoir passer 200 fois de suite les quelques (dizaines de) minutes nécessaire à la retouche pour aboutir au résultat escompté risque d'avoir raison de votre courage et de votre amour de la photo. Vous allez passer plus de temps devant votre écran d'ordinateur et moins derrière votre appareil photo !

La solution de la photographe : changer la couleur de la lumière !


Le bon sens populaire dit que la solution la plus simple est souvent la meilleure. Et le bon sens populaire a presque toujours raison. C'est le cas ici.

Puisqu'il y a deux sources de lumière de couleurs différentes et que ce sont leurs corrections opposées qui nous posent problème, YAKA les rendre de la même couleur et leur appliquer la même correction !

Euréka !

Oui, mais comment rendre blanche la lumière de la lampe de chevet ? Vous allez me dire qu'il suffit d'acheter une ampoule à incandescence spécialement équilibrée "lumière du jour" et le tour est joué. Oui, ça peut marcher avec mon exemple grossier de Oui-Oui,  Chatounette et leur lampe de chevet suédoise.

Mais vous n'allez pas vous présenter au cocktail du hangar d'aviation avec sous le bras un stock de 50 tubes fluorescents équilibrés "lumière du jour" en demandant gentiment au maître des lieux s'il peut vous prêter une échelle pour que vous puissiez vite fait bien fait changer tous les tubes avant le début de votre reportage au motif que vous n'aimez pas la couleur que ça donne à vos photos : çà, c'est le meilleur moyen de se retrouver habillée d'une chemise dont les manches s'attachent dans le dos !

Non, le plus simple est quand même de faire prendre à la lumière (presque) blanche du flash (presque) la même dominante que la lumière ambiante.

Pour ce faire on utilise un filtre coloré qu'on nomme couramment "gélatine" ou "gel" (comme on dit aux States !) dans le jargon technique photo. Vous commencez à comprendre le sens du titre de cet article, hein ?!

Ce filtre se place simplement devant la façade du tube éclair du flash et peut être fixé au moyen de deux morceaux d'adhésif de type gaffer (la solution sale qui se dégrade dans le temps) ou avec des bandes velcro (la solution plus propre et durable).

L'image ci-dessous montre un flash équipé d'une telle gélatine colorée en version orange. Cette gélatine comporte à ses extrémités des petites bandes velcro qui viennent s'agripper sur la bande de fixation enroulée autour de la tête du flash (c'est une Cinch Strap de chez Lumiquest. J'ai ajouté une photo juste après montrant la cinch strap désolidarisée de la tête du flash).

Une fois le flash ainsi équipé, si on refait la photo en conservant le réglage de la balance des blancs sur "flash" on obtient le résultat ci-dessous qui montre bien que la lumière du flash s'est rapprochée de la dominante de la lumière ambiante.


Si on utilise la balance des blancs personnalisée du tout début avec cette configuration de prise de vue, on obtient le résultat ci-dessous :


Il faut remarquer deux choses :
  • le résultat, bien que nettement meilleur, n'est pas encore parfait car nous utilisons toujours une balance des blancs personnalisée qui est basée sur la dominante colorée de l'éclairage ambiant. Cette manière de procéder est propre aux besoins de cet article. Dans la réalité, on ferait une balance des blancs personnalisée en utilisant la lumière du flash avec sa gélatine car c'est elle qui va éclairer le sujet principal et c'est pour ce sujet qu'on cherche généralement à obtenir des couleurs réalistes (voir ci-dessous la même photo avec la balance des blancs personnalisée réalisée avec l'éclair du flash).
  • le fait d'avoir ajouté un intermédiaire devant le flash a réduit la puissance de l'éclair qui a été envoyé. Si vous photographiez en mode TTL sur le flash vous ne devriez normalement pas avoir à jouer sur la correction d'exposition du flash (même si, d'un matériel à l'autre, l'expérience montre que c'est parfois nécessaire),  si vous travaillez en manuel sur le flash, il faudra peut-être ajuster sa puissance en conséquence. La gélatine réduit la puissance du flash (donc sa portée maximum). J'ai volontairement fait les photos en mode manuel sur le flash sans compensation pour mettre en évidence cette perte de puissance due à la gélatine (on y reviendra plus loin). C'est particulièrement visible sur l'image ci-dessous; le charmant minois de Chatounette est sous-exposé par rapport à la photo faite en balance des blancs "flash" et sans gélatine.

Mais depuis qu'on parle de gélatine j'utilise le singulier alors que j'aurais dû employer le pluriel. En effet, toutes les lampes à incandescence n'ont pas la même intensité de dominante colorée. C'est pour cela qu'il existe différentes intensités de la même gélatine.

De même, toutes les lampes ne se situent pas dans la même zone du spectre des couleurs. Certaines seront plus rouges, d'autres plus jaunes, etc. C'est pour cela qu'on trouve une gamme très étendue de gélatines correspondant à ces différentes teintes.

Même une lampe donnée peut avoir une température de couleur qui évolue, par exemple au cours des premières minutes qui suivent l'allumage, ou également lorsqu'on utilise un variateur d'intensité ; à faible intensité la dominante rouge-orangée sera plus présente qu'à forte intensité où ce sera le jaune-orangé qui prendra le dessus. D'où la nécessité d'adapter son choix aussi finement que possible à la situation.

En l'occurrence, la gélatine que j'ai employée pour cette photo est une Full CTO (Color Temperature Orange) qu'on peut traduire par "gélatine orange pleine puissance" ou même "gélatine orange 1/1". Il existe des versions 3/4, 1/2, 1/4 et ces fractions donnent à peu près le nombre de stops (ou diaph, EV, IL, ouverture, ou ce qu'il vous plaira, bref un cran d'exposition) qui sont consommés par l'ajout de la gélatine correspondante.

La photo ci-dessous présente trois versions CTO 1/1, 1/2 et 1/4, et on voit nettement que la version 1/1 est plus sombre et donc opaque que la version 1/2, etc.


NB : j'ai pris l'habitude de noter les puissances au feutre indélébile sur le bord de mes gélatines afin de ne pas avoir à tâtonner pour trouver celle que je cherche. On est parfois amené à choisir ses gélatines dans des ambiances très sombres  (qui justifient l'emploi du flash) et il est souvent difficile de les différencier sans les regarder par transparence devant une source lumineuse. C'est autant de temps gagné.

Voici à titre de comparaison, l'image de Chatounette réalisée avec les trois versions 1/1, 1/2 et 1/4 de la gélatine CTO et pour chacune d'elles une balance des blancs personnalisée sur la base de la lumière du flash au moyen d'une charte gris neutre.

1/1 CTO 1/2 CTO 1/4 CTO

Remarquez que l'intensité lumineuse qui éclaire Chatounette augmente de gauche à droite car les gélatines sont de moins en moins opaques et que je travaillais à puissance constante de mon flash en mode manuel,  idéalement j'aurais dû ajuster à chaque fois la puissance pour compenser la présence de la gélatine.

Remarquez également que, de gauche à droite, la dominante jaune-orangée de l'arrière-plan redevient présente puisque l'écart de coloration entre la lumière du flash et celle de la gélatine augmente également avec les gélatines les moins colorées.

Maintenant qu'on a équilibré les colorations respectives des deux sources lumineuses de la scène, qu'on a choisi la bonne balance des blancs, il ne reste plus qu'à se débarasser de cet éclairage blafard et frontal au flash et de la vilaine ombre portée qu'il projette sur l'arrière-plan. J'ai simplement tourné la tête de mon flash vers l'arrière afin de me servir du plafond et du mur situés derrière moi comme réflecteurs et, après une rapide correction de l'exposition et du rapport entre lumière ambiante et flash, le résultat final est l'image ci-dessous.

Presque plus rien ne trahit la présence du flash, ni la différence de coloration des sources lumineuses, ni l'ombre portée de Chatounette sur l'arrière-plan, ni l'éclair violent sur son charmant minois. Et je peux vous dire que toutes les couleurs sont fidèles à la réalité, mais là vous devrez me croire sur parole...

Alors la question qui vient est...

Comment déterminer la gélatine la plus appropriée?


Et malheureusement cette question n'a pas de réponse simple et indiscutable car vous ne pouvez faire une confiance absolue ni à vos yeux, ni à votre cerveau, ni à votre appareil photo.

Vos yeux et votre cerveau vous trompent en permanence en vous faisant voir blanches des feuilles qui sont pourtant d'un beau jaune-orangé sous l'éclairage d'une lampe à incandescence.

Vous ne pouvez donc pas avoir la certitude qu'en comparant à l'œil nu vos gélatines à la couleur de l'éclairage ambiant  vous parviendrez à trouver celle qui permettra de donner la bonne couleur à la lumière de votre flash.

Ceci parce que votre œil applique en permanence sa propre correction de couleur pour compenser la teinte de l'éclairage ambiant : celui-ci est toujours plus coloré que ce qu'on en perçoit.

L'autre raison est que vous allez juger de la couleur de votre gélatine alors qu'elle est elle-même éclairée par la lumière ambiante qui n'est pas neutre et déforme donc également la teinte apparente de la gélatine.

Si j'ajoute qu'en fonction de l'intensité lumineuse disponible notre vision des couleurs n'est pas linéaire ça devient infernal ! (par faible luminosité nous distinguons beaucoup moins bien les couleurs qu'en forte luminosité, la faute aux cônes et aux bâtonnets de notre rétine...).

Par expérience, j'ai remarqué que si je choisis ma gélatine de cette manière, j'ai tendance à sous-estimer l'intensité de la couleur dominante de l'éclairage ambiant, donc je choisis une gélatine insuffisamment colorée et j'obtiens des images où l'écart de coloration est encore trop important.

L'idée qu'on peut envisager est de prendre deux photos tests de la scène à photographier avec et sans gélatine afin de juger de l'évolution sur l'écran LCD.

Malheureusement, votre appareil ne dispose pas d'un écran LCD suffisamment précis (et calibré) pour reproduire les plus fines variations de coloration et ces infimes variations risquent d'être imperceptibles si elles sont noyées dans les détails d'une scène complexe.

Néanmoins,  on peut s'en approcher en utilisant conjointement une feuille de papier blanc, ses yeux, son cerveau et son appareil photo si celui-ci possède la capacité d'afficher les histogrammes respectifs des composantes Rouge (R), Vert (V) et Bleue (B) de l'image.

Voici comment je procède en général (si vous avez une meilleure méthode, je suis intéressée) :
  1. Je règle la balance des blancs de mon appareil sur "lumière du jour" ou sur "flash"  car ce sont celles qui intègrent la correction la moins violente.
  2. Je prends une photo d'une portion de feuille blanche (généralement au 200mm) sous l'éclairage ambiant de façon à remplir complètement le cadre (appelons cette photo "référence").
  3. Je monte la gélatine que je pense appropriée sur mon flash et je prends la même portion de la même feuille blanche avec la même balance des blancs et une exposition similaire (flash en manuel + comparaison des histogrammes de luminosité) mais en faisant en sorte que la feuille ne soit éclairée que par la lumière du flash avec sa gélatine (vitesse élevée, je m'éloigne de la source de lumière ambiante ou je m'interpose entre elle et la feuille).
  4. Je compare ensuite rapidement sur l'écran LCD les histogrammes R V B afin de voir si les écarts entre les pics R, V, et B sont similaires sur ma photo de référence et sur celle prise au flash avec la gélatine.
  5. Si la "signature" des deux images est la même, généralement j'ai trouvé une correction adéquate, si le résultat ne me satisfait pas pleinement, je jette l'image faite au flash et j'essaye avec une autre gélatine ou en cumulant plusieurs si nécessaire, etc.
Si votre appareil ne possède pas la capacité à afficher les histogrammes RVB, vous pouvez toujours comparer visuellement les photos sur le LCD mais il ne faut pas que l'exercice dure trop longtemps car on finit par ne plus voir correctement les couleurs, surtout si vous êtes en ambiance sombre.

La méthode exposée précédemment est empirique mais elle m'a parfois aidée à opter pour une solution finalement plus colorée que celle que j'aurais choisie de prime abord.

C'est d'ailleurs le cas pour l'exemple de cet article, j'ai intuitivement monté une gélatine 1/1 sur mon flash puis j'ai réalisé rapidement les photos d'illustration sauf celles des histogrammes ci-dessous. Lorsque j'ai réalisé ces photos de test pour obtenir les histogrammes je me suis aperçue que la correction la plus appropriée pour la lampe de chevet était en fait un sandwich composé d'une gélatine CTO 1/1 et d'une autre gélatine CTO 1/2... La preuve qu'il ne faut pas travailler avec un à priori et qu'il ne suffit pas de faire confiance à ses yeux.

Voici donc ce que je peux voir sur le LCD de mon appareil après avoir fait la photo de référence sous la lumière ambiante pour laquelle je veux déterminer la correction à monter sur le flash.

Remarquez le fort déséquilibre entre les trois composantes RVB, le bleu étant très peu présent.

Et voici la signature que j'obtiens en photographiant la même feuille au flash direct sans aucune correction. On remarque que la composante bleue domine un petit peu sur les deux autres.
... et maintenant la même photo mais avec une gélatine 1/4 CTO montée sur le flash. On voit tout de suite l'effet de la gélatine qui a fait partir les courbes rouge et verte vers la droite de l'histogramme et la bleue vers la gauche. Remarquez que j'ai compensé la perte de puissance d'1/4 de stop par une modification du diaphragme de f/16 à f/14.
Et maintenant avec une gélatine 1/2 CTO

... 1/1 CTO
... et enfin un sandwich 1/1 CTO + 1/2 CTO. On voit que c'est avec cette solution que les écarts entre les composantes ressemblent le plus à ceux de la photo de référence. L'aperçu de la photo nous montre également que la coloration obtenue est très proche de celle présente sur la photo de référence.
Cette méthode de détermination peut paraître fastidieuse mais à force de la pratiquer on finit presque par deviner la correction à choisir dès qu'on voit les histogrammes de la photo de référence. On peut se construire une base de données mentale des différentes signatures que produisent les lumières rencontrées ainsi que les combinaisons de gélatines. Avec le temps et l'expérience, on tatônne de moins en moins et on gagne vraiment du temps.

Pour l'anecdote, lorsque les gens me voient faire des photos d'une feuille de papier blanc posée entre mes pieds, j'achève de passer pour une dingue ou alors ils viennent poser plein de questions ! C'est très rigolo.

Mise à jour du 01/03/2009 : depuis la rédaction de cet article, j'ai grandement accéléré ma méthode de détermination de la meilleure correction en créant une Carte de Référence des Signatures des Gélatines (CRSG) dont je dispose. Pour en savoir plus, allez voir l'article " Oui-Oui et Mélina collectionnent les autographes " que je viens de publier une fois que vous aurez terminé la lecture de celui-ci...

Et pour les autres sources de lumière ?

C'est vrai que depuis le début de cet article je ne parle que de la lumière incandescente et toutes les photos d'illustration sont bâties sur cet exemple précis.

Comme je l'ai dit précédemment, il y a diverses gélatines adaptées aux différentes sources de lumière que celles-ci soient artificielles ou naturelles.

Pour la lumière incandescente on utilise généralement des gélatines dans la gamme jaune-orange-rouge selon le cas.

Pour la lumière de type fluorescent (néon), la dominante est plutôt verdâtre dans la majorité des cas, et on emploie donc des gélatines nommées "Window Green" comme le montre la photo ci-dessous (trois intensités différentes présentées : 1/1, 1/2 et 1/4). Le souci supplémentaire que va poser la lumière de type fluorescent c'est que la dominante colorée évolue au cours de chaque cycle du courant alternatif (en France c'est du 50 Hertz soit 50 cycles par seconde) et, selon l'instant où l'on prend la photo, la couleur peut varier. C'est surtout visible avec des temps de pose inférieurs au 1/50ème de seconde. Pour les temps de pose plus longs que le 1/50ème de seconde, on peut considérer que la couleur dominante est à peu près constante.
L'autre problème que pose la lumière de type fluorescent c'est que le spectre de la lumière diffusée n'est pas linéaire, c'est une collection de radiations non contigües donc il est quasiment impossible de choisir une correction presque parfaite au moyen de simples filtres en gélatines.
Pour en savoir plus sur les tubes fluorescents, je vous renvoie à la page correspondante de Wikipédia.

Attention toutefois à ne pas tomber dans un à-priori systématique du type "fluorescent=vert" car certains tubes sont justement conçus pour diffuser une lumière quasiment blanche ou légèrement "chaude" de type incandescent. Dans ces cas, il convient de vérifier la dominante effective de la lumière fluorescente sous laquelle on se trouve afin de ne pas monter par erreur une gélatine Window Green quand il faudrait utiliser du CTO.

Voici d'ailleurs la signature d'une gélatine 1/1 Window Green appliquée sur un flash telle qu'on peut la rencontre lors des tests de détermination de la correction avec la méthode que j'ai exposée précédemment.



Pour les photos prises sous la lumière du jour dans une zone d'ombre ou pour les jours nuageux, la dominante est plus ou moins bleutée donc on peut employer des gélatines CTB (Color Temperature Blue) comme celles présentées dans la photo ci-dessous. Personnellement c'est la seule utilisation corrective que je n'emploie presque jamais.

Et la signature d'une gélatine 1/1 CTB.


Toutes ces gélatines ne se limitent évidemment pas à faire du traitement correctif sur la balance des blancs et on peut les employer pour donner volontairement une teinte à la lumière du flash pour colorer un arrière-plan ou éclairer un sujet avec une tonalité voulue.

Par exemple, une gélatine orangée utilisée avec une balance des blancs réglée sur "flash" ou "lumière du jour" permettra d'obtenir une lumière chaude de type coucher de soleil.

De même une gélatine bleue permet d'évoquer la lumière lunaire (je l'ai employée pour des portraits de type gothique !).

On peut si nécessaire empiler deux gélatines de couleurs différentes pour créer une nouvelle teinte mais en prenant garde au fait que les stops perdus se cumulent.

Ce ne sont là que quelques exemples d'utilisations classiques des gélatines. Une fois qu'on à goûté à cet outil on l'emmène toujours avec soi.

Où se procurer des gélatines?

Beaucoup de vendeurs qui ont pignon sur rue ou sur internet proposent des feuilles de gélatines à découper à la dimension voulue. Généralement ces feuilles sont vendues par boîtes de 10 ou 100 feuilles d'une même couleur et sont généralement prévues pour être utilisées avec des flashes de studio. Pour l'utilisateur de flashes de reportage, le coût et les quantités et dimensions peuvent être excessifs.

Mise à jour du 02 novembre 2009, vous devriez vraiment consulter cet autre article parlant d'une boutique sérieuse en France qui vend des gélatines Rosco peu chères avec des frais de port plus que modiques : Gélatines pour flash : une boutique intéressante

Les gélatines que je présente dans cet article ont été achetées en ligne en Grande-Bretagne chez http://flashgels.co.uk qui vend des kits contenant une sélection de gélatines dans différentes intensités fournies avec ou sans les velcros pour la fixation.

Au moment de l'écriture de cet article, le kit de base pour la correction de couleur coûte 10 £ (GB) auxquels il faudra ajouter environ 1,45 £ pour une livraison en Europe (et 1,75 £ pour le reste du monde). Il comprend des gélatines de 4x14cm livrées avec des velcros (il existe une version plus large) dans les couleurs et intensités suivantes :
  • 5 x CTO 1/1
  • 5 x CTO 1/2
  • 5 x CTO 1/4
  • 5 x CTB 1/1
  • 5 x CTB 1/2
  • 5 x CTB 1/4
  • 5 x Windows Green 1/1
  • 5 x Windows Green 1/2
  • 5 x Windows Green 1/4
  • 5 x .3 ND 1 stop (filtre gris neutre, voir utilisation un peu plus bas).
C'est un très bon kit de départ. Rappelons que si on superpose deux gélatines de même couleur mais d'intensités différentes on peut obtenir l'équivalent de gélatines qui ne sont pas incluses dans le kit.

Exemples : 1/2 CTO + 1/4 CTO = 3/4 CTO

Pour pouvoir faire cela, il suffit d'avoir collé des velcros sur les deux faces de chaque gélatine (bouclettes d'un côté, crochets de l'autre) afin de pouvoir les empiler à loisir.

Il y a également un kit de gélatines d'autres couleurs (jaune, bleu marine, magenta, rouge, bleu pale, vert foncé) permettant de créer des effets colorés, des gammes de gélatines grises pour contrôler plus finement la puissance du flash (souvent en gestion manuelle), ce qui est utile quand le flash ne permet pas d'aller en-dessous d'une puissance minimale et qu'il faudrait encore réduire sa puissance : si la puissance minimum que permet votre flash est 1/16 et que vous avez besoin de le réduire de un stop, il suffit de le munir d'une gélatine ND 1/1 (ND = neutral density = gris neutre) pour le faire descendre à 1/32, etc.

Hors-sujet : ce site vend également les fameuses ball bungees (sangles élastiques à boule) si chères à David Hobby qui permettent d'attacher un flash à presque n'importe quel support tubulaire (pied de chaise, montant d'étagère, poignée de porte ou de fenêtre, rampe ou montant d'escalier).

Nota : si vous connaissez de bonnes adresses en ligne pour trouver des gélatines, n'hésitez pas à me les envoyer afin que je puisse les rajouter ici et en faire profiter tout le monde.

Pendant un temps il a existé un nuancier de chez Rosco qui regroupait 75 échantillons de gélatines à l'usage des professionnels qui envisageaient de commander des feuilles de grande taille. Victime de son succès, ce kit a été supprimé car il coûtait trop d'argent à Rosco. A la place, Rosco a mis au point avec David Hobby, le créateur du site Strobist, un kit nommé Strobist Rosco Kit qui couvre à peu près le même besoin. À ma connaissance, ce kit n'est pas distribué en Europe et il faut le commander sur des sites aux États-Unis.

Le site http://www.photogels.com/ basé aux USA vend également des kits de gélatines similaires à ceux vendus par http://flashgels.co.uk/shop/.

Conclusion


Encore une fois le contrôle de la balance des blancs au flash passe par une approche un petit peu préméditée et réfléchie de l'exercice afin de se simplifier la vie lors du post-traitement et ne pas passer de longues heures stériles devant l'ordinateur à corriger des problèmes qui auraient pu être évités dès la prise de vue en quelques secondes ou quelques minutes de réflexion. Avec l'expérience, on parvient à choisir très rapidement la bonne gélatine et on gagne un temps énorme !

La technique des gélatines colorées montre cependant ses limites quand on se retrouve en présence d'une lumière ambiante mixte mêlant jour/incandescent ou incandescent/fluorescent ou jour/fluorescent car il devient impossible de tout corriger à la fois. Il faut alors supprimer les lumières parasites si c'est possible ou arbitrer et accepter de conserver une dominante pas trop gênante dans l'image.

Suite à une question qui m'a été posée dans l'un des commentaires que j'ai reçus lors de la parution de cet article je voudrais ajouter une dernière petite précision. On pourrait facilement croire à tort que mon propos est de dire "il FAUT absolument avoir des couleurs exactes, quitte à sacrifier l'ambiance". Il n'en est rien, bien au contraire!

L'intérêt principal de contrôler la balance des blancs lors de l'utilisation du flash est de faire en sorte que cette lumière soit dans la même tonalité que celle de la lumière ambiante afin d'éliminer toute divergence de coloration qui pourrait aboutir à des dominantes parasites lors de la prise de vue comme on a pu le voir sur la toute première photo avec l'effet bleuté violent sur le sujet, mais également lors du post-traitement de l'image.

C'est la finalité de votre photo qui va guider le travail final que vous allez effectuer sur la balance des blancs. Dans certains cas vous voudrez réduire la dominante de l'ambiance sans pour autant l'éliminer totalement (ex : fête familiale avec éclairage tungstène, feu, bougies, portrait devant un coucher de soleil, etc), dans d'autres cas vous voudrez éliminer totalement la dominante de la lumière ambiante pour lui substituer une dominante plus flatteuse (ex : supprimer la dominante verdâtre d'un éclairage fluorescent pour "injecter" une dominante plus chaleureuse lors du post-traitement), et dans d'autres cas vous voudrez avoir une restitution quasiment parfaite des couleurs (ex : photo d'un objet pour le vendre aux enchères en ligne, etc).

En ayant un flash de la même couleur que l'ambiance, c'est comme si vous n'aviez qu'une seule source de lumière sur votre scène avec une seule dominante à traiter.

En revanche, c'est le type de fichier que vous réalisez avec votre appareil qui peut influencer la stratégie que vous allez adopter.

Si vous travaillez en RAW, une fois la tonalité de la lumière du flash accordée avec celle de la lumière ambiante, il n'est pas indispensable de réaliser un réglage de balance des blancs personnalisée dès la prise de vue afin d'avoir des couleurs exactes, surtout si vous avez pris la précaution de réaliser une photo d'une carte gris neutre ou  d'une feuille de papier blanc en vue de son utilisation comme référence dans votre logiciel de dématriçage. Dans tous les cas, les ajustements de balance des blancs que vous ferez ultérieurement dans ce logiciel n'auront aucune action destructrice sur votre photo. Tout au plus, vous passerez un peu plus de temps à modifier la balance des blancs à postériori.

A contrario, si vous travaillez en JPEG, la balance des blancs qui est réglée sur votre boîtier au moment de la prise de vue modifie irrémédiablement l'image que vous réalisez. Si l'image qui sort de votre boîtier est très éloignée du résultat final que vous désirez obtenir en termes de tonalité, le post-traitement peut être encore plus destructeur lorsque vous allez vouloir atteindre ce résultat final. C'est pourquoi je recommande généralement de choisir dès la prise de vue  un réglage de balance des blancs permettant de produire directement à la sortie du boîtier une photo dont la tonalité est aussi proche que possible du résultat final recherché. Ainsi toute correction de tonalité effectuée à postériori sur le fichier JPEG aura une influence minimale et surtout détruira éventuellement un minimum d'informations si destruction il doit y avoir.

J'espère que cet article vous aura donné envie d'explorer le sujet. Un dernier conseil : rien ne vaut l'expérimentation, il ne faut pas se brider et il faut oser toutes les combinaisons, même les plus folles, car on débouche parfois sur des erreurs créatives qu'il est bon de savoir reproduire à dessein par la suite.

La pratique, la pratique, la pratique, y'a que ça de vrai !

Pour celles/ceux qui veulent aller encore plus loin : " Oui-Oui et Mélina collectionnent les autographes "

PS : Cet article synthétise tout ce que j'ai appris et à peu près compris de la gestion de la balance des blancs au flash. J'espère ne pas avoir raconté trop d'âneries, si tel est le cas, j'invite les super-spécialistes du domaine à me signaler les erreurs ou les imprécisions. Je m'empresserai de les corriger. Comme toujours, je reste ouverte à toute critique, remarque, suggestion ou question...

PS(bis) : Merci à Jacques Babin, Gaëtan Charpentier, Benoît Courty, Philippe Malet et Laurent Meunier pour leur relecture attentive, leurs remarques, et toutes les fautes de frappe qu'ils ont repérées.

PS(ter) : suite à un bug inexpliqué de la plateforme de blog, j'ai été contrainte de supprimer l'article puis de le recréer, ce qui a malheureusement détruit les trois premiers commentaires qui avaient été postés. Que les internautes concernés me pardonnent car je n'y suis pour rien.
Par Mélina Barrals - Publié dans : Balance des blancs
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